LE PONT MIRABEAU

Résumé

Commentaire composé semi-rédigé du poème Le pont Mirabeau tiré du recueil "Alcools" de Guillaume Apollinaire.

Extrait:

On n'a pas à choisir car le poète laisse volontairement dans le double sens et souvenir continuité dans le courant. Il a créé l'ambiguïté. L'amour mort mais souvenir présent et vivant (temps utilisé : impératif) => faire ressurgir l'image du couple. Le poète exprime ainsi cette souffrance créée par le conflit amour mort/souvenir vivant. Il veut faire ressurgir l'image de la souffrance : le passé pèse sur ses bras (troisième strophe) (...)

Plan du commentaire composé:

Introduction

I) La fuite ambiguë du temps

A. Le passage irréversible
B. Mais ce passage est trop lent
C. Circularité

II) Association des images de passage et de permanence

A. L'amour s'en va
B. Le souvenir des amours mortes
C. La permanence du poète

III) Le poème est lui-même conflictuel

A. Sa structure exprime à la fois la continuité et la structure
B. Il exprime à la fois la nostalgie et l'impatience
C. Il se rattache à une tradition pour mieux y échapper

Conclusion

Poème étudié:

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Guillaume Apollinaire (Alcools)
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# Posté le dimanche 08 novembre 2009 11:56

PARNASSE

Parnasse (littérature)


Le Parnasse est un mouvement poétique apparu en France dans la seconde moitié du XIXe siècle qui jura de « remonter » l'art poétique sur le Parnasse d'où Lamartine l'avait fait descendre. Le nom apparaît en 1866 quand l'éditeur Alphonse Lemerre publie le recueil poétique le Parnasse contemporain.

Ce mouvement est une réaction devant les excès sentimentaux du romantisme.[1]
Il prône la retenue et l'impersonnalité,
Il rejette absolument l'engagement social et politique de l'artiste. Pour les Parnassiens l'art n'a pas à être utile ou vertueux et son seul but est la beauté. C'est la théorie de « l'art pour l'art » de Théophile Gautier.
Ce mouvement réhabilite aussi le travail acharné et minutieux de l'artiste - par opposition à l'inspiration immédiate du romantisme - et il utilise souvent la métaphore de la sculpture pour indiquer la résistance de la « matière poétique ». En 1863, Émile Littré avait défini la poésie comme « l'art de faire des ouvrages en vers ».
De 1865 à 1895, le mouvement fut l'apanage d'« animateurs historiques, magiciens des lettres et poètes impeccables », las des effusions romantiques, amateurs de rigueur technique, de mots rares et de perfection formelle.




«

Oui, l'½uvre sort plus belle
D'une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.
(...)
Les dieux eux-mêmes meurent.
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.
Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant ! »
»
— Théophile Gautier, L'Art (Émaux et camées)
Sommaire [masquer]
1 Les parnassiens
1.1 Les précurseurs
1.2 Les parnassiens les plus célèbres
1.3 Les parnassiens, stricto sensu
1.4 Les grands poètes associés
1.5 Influence exercée par les parnassiens
2 Bibliographie
3 Lien externe
4 Notes


Les parnassiens [modifier]

Les précurseurs [modifier]
Théophile Gautier ;
Théodore de Banville.
O'Neddy

Les parnassiens les plus célèbres [modifier]
Charles Marie René Leconte de Lisle, considéré comme la tête de file du mouvement,
Catulle Mendès,
Sully Prudhomme,
José-Maria de Heredia,
François Coppée,
Léon Dierx.

Les parnassiens, stricto sensu [modifier]
La liste complète des poètes qui ont contribué aux trois recueils du Parnasse contemporain figure dans l'article de ce titre. Parmi ceux-ci, signalons ceux qui ont surtout marqué l'histoire littéraire en tant que romanciers :

Paul Bourget,
Anatole France,
Villiers de l'Isle-Adam.

Les grands poètes associés [modifier]
Le mouvement fut accompagné par quelques grands poètes, qui l'ont côtoyé à des titres divers, sans être réductibles à ses thèses, comme :

Charles Baudelaire,
Paul Verlaine,
Stéphane Mallarmé.

Influence exercée par les parnassiens [modifier]
Arthur Rimbaud : le Parnasse contemporain initia Arthur Rimbaud à la poésie de son temps.[2].
Francis Jammes,
Paul-Jean Toulet.

Bibliographie [modifier]
Maurice Souriau, Histoire du Parnasse, Éditions Spes, 1929
Louis-Xavier de Ricard, Petits mémoires d'un Parnassien et Adolphe Racot, Les Parnassiens, introductions et commentaires de M. Pakenham, présenté par Louis Forestier, Aux Lettres modernes, collection avant-siècle, 1967.
Yann Mortelette, Histoire du Parnasse, Paris : Fayard, 2005, 400 p.
Le Parnasse. Mémoire de la critique, éd. Yann Mortelette, Paris : PUPS, 2006, 444 p. (recueil d'articles d'époque sur le Parnasse)
André Thérive, Le Parnasse, édition PAUL-DUVAL, 1929.
Luc Decaunes, La Poésie parnassienne Anthologie, Seghers, 1977.

Lien externe [modifier]
Fernand Clerget, Villiers de L'Isle-Adam, coll. « La Vie anecdotique et pittoresque des grands écrivains », Société des éditions Louis Michaud, ch. III, Villiers et le Parnasse contemporain texte, sur Gallica.
Un mouvement littéraire : le Parnasse.

Notes [modifier]
1.↑ Le règne des yeux va remplacer celui du coeur. Le Parnasse tire tout de même ses racines profondes dans la génération romantique. Une chronologie fort simple montre que Gautier et Leconte de Lisle, sans parler de Charles Baudelaire, sont en somme de la même classe qu'Alfred de Musset et Victor Hugo. Qu'est ce que quinze ans de distance entre gens qui n'ont pas le respect infus ? Les générations litteraires n'opèrent point par relèves, mais par amalgame. Et d'ailleurs Hugo savait prendre le vent, distribuer des bénédictions aux jeunes, se ranger toujours au parti de l'avenir : « Il y a aujourd'hui un beau phénomène littéraire qui rappelle un magnifique moment du XVIe siècle. Toute une génération de poètes fait son entrée. C'est après trois cents ans, dans le couchant du XIXe siècle, la Pléiade qui reparaît. Les poètes nouveaux sont fidèles à leur siècle : de là leur force. Ils ont en eux la grande lumière de 1830 ; de là leur éclat. Moi qui approche de la sortie, je salue avec bonheur le lever de cette constellation d'esprits sur l'horizon. »
2.↑ Le 24 mai 1870, celui-ci, âgé de 16 ans, envoya à Théodore de Banville un courrier auquel il joignit plusieurs poèmes (Ophélie, Sensation, Soleil et chair), afin obtenir son appui auprès de l'éditeur Alphonse Lemerre. En février-mars 1871, Théodore de Banville héberge Arthur Rimbaud, mais dès le mois de mai, ce dernier, dans ses lettres dites « du Voyant », exprime sa différence ; et en août 1871, dans son poème parodique Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs exprime une critique ouverte de la poétique de Banville.
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# Posté le samedi 20 juin 2009 11:57

cour anglais

Wishes about the present and future
1. We use wish + past simple to express that we want a situation in the present (or future) to be different.

I wish I spoke Italian. (I don't speak Italian)
I wish I had a big car. (I don't have a big car)
I wish I was on a beach. (I'm in the office)
Future: I wish it was the weekend tomorrow. (It's only Thursday tomorrow)


2. We use wish + past continuous to express that we want to be doing a different action in the present (or future).

I wish I was lying on a beach now. (I'm sitting in the office)
I wish it wasn't raining. (It is raining)
Future: I wish you weren't leaving tomorrow. (You are leaving tomorrow)



Wishes about the past
We use wish + past perfect to express a regret, or that we want a situation in the past to be different.

I wish I hadn't eaten so much. (I ate a lot)
I wish they'd come on holiday with us. (They didn't come on holiday with us)
I wish I had studied harder at school. (I was lazy at school)


Wish + would
We use wish + would + bare infinitive to express impatience, annoyance or dissatisfaction with a present action.
I wish you would stop smoking.
(You are smoking at the moment and it is annoying me)
I wish it would stop raining.
(I'm impatient because it is raining and I want to go outside)
I wish she'd be quiet.
(I am annoyed because she is speaking)


Important points
1. To simply express that you want something to happen in the future (not talking about wanting an action or situation to be different, and not talking about impatience or annoyance) we use hope, not wish.

I hope it's sunny tomorrow.
I wish it was sunny tomorrow. x
I hope she passes her exam next week.
I wish she were passing her exam next week. x
I hope the plane doesn't crash tomorrow.
I wish the plane wouldn't crash tomorrow. x


2. We can use wish + infinitive or wish + object + infinitive to mean "want" in a formal situation.

I wish to leave now. (+ infinitive)
I wish to speak to your supervisor please. (+ infinitive)
I do not wish my name to appear on the list. (+ object + infinitive)


3. We can use (I) wish you in fixed expressions.

I wish you a happy birthday.
We wish you good luck in your new job.


See also Past simple | Past perfect | Past continuous


Teaching wish...
Pictures work best. Something simple like a picture of someone running in the rain or a child crying (easy to find in magazines). Question students along the lines of:

"What is she doing?" (Running in the rain)
"Does she want to be running in the rain?" (No)
"What does she want to be doing?" (Sitting at home with a cup of tea).
"So, does she wish she was sitting at home with a cup of tea?"

Plenty of build up like this, repetition with different examples and different pictures will give students the idea and the structure.

You can do the same for any of the "wish" structures. A picture of a person in prison:

"Why is he in prison?" (Because he stole a car)
"Does he regret stealing the car?" (if students are not comfortable with the verb regret: "Does he want to change the past?") (Yes)
"What does he regret?" (Stealing the car)
"So he wishes he hadn't stolen the car?"

Chris

An idea I stole from my ESL teacher trainer is to introduce "Wish" with music. The band, Pearl Jam, has a song called Wishlist and the song constantly repeats the form, "I wish..." I have the students perform activities with the lyrics (mazes, jumbles, etc...) to become familiar with the structure. Also, a great listening activity."
Stephen

I use a magic lamp, like we see in the movies, and I tell them that they should make three wishes for the genie. It doesn't matter if they make some mistakes. I then start talking about my wishes and explain all the cases of wish"
Renata

I choose funny daily situations so that I can get their attention. For instance:

What if you missed a nice party with a lot of delicious food that took place yesterday?

I wish I had attended the party. I would have eaten...

Then I remind them that it exactly the same as the third conditional. Note that I start with the past perfect as it is easier to understand than the "unreal past"
Mohammed

Well! The first thing I say to my students is "I wish I wasn't here now. I wish I was on vacation." And then ask what their wishes are and to share their wishes with the class. Starting this way boosts their confidence. And when they can express their wishes following my example, they are over the moon! I personally wanted to learn the model from my teacher first when I myself was a student years back. But actually, good examples at the beginning always trigger effective results."




word formation


1- Vous pouvez former des NOMS par 'dérivation' :
- nom + suffixe : tooth + ache
- adjectif + suffixe : national + ity
- verbe + suffixe : employ + er
- préfixe + nom : in + ability

2- Vous pouvez former des ADJECTIFS par dérivation :
- verbe + suffixe : communicat + ive
- nom + suffixe : wind + y
- adjectif + suffixe : grey + ish
- préfixe + adjectif : un + interesting

3- Vous pouvez former des VERBES par dérivation :
- préfixe + verbe : re + make
- préfixe + adjectif : en + able

4- Vous pouvez former des ADVERBES par dérivation :
- adjectif + ly : clear + ly

Non seulement la formation des mots peut se faire par 'dérivation' mais aussi par 'composition'!

1- verbe + ing : dining-room
2- verbe + nom : pickpocket
3- nom + nom : horse-race
4- verbe + préposition : hold up
5- nom + verbe : sunset
6- nom + verbe + -ing : stamp-collecting
7- nom + verbe + -er : dish-washer
8- adverbe + nom : over-production
9- préposition + nom : outlaw
10- adjectif + nom : gentleman

# Posté le vendredi 05 juin 2009 10:35

Modifié le vendredi 26 juin 2009 12:22

philo

Peut-on se connaître soi-même ?

Ce sujet suppose que l'on distingue « savoir que l'on est » (= la conscience de soi) et « savoir ce qu'on est » (= la connaissance de soi).



L'inscription votive du temple de Delphes, gnwqi seauton (Connais-toi toi-même), semble exhorter le sujet à la sagesse et présenter la connaissance de soi comme un idéal de sagesse que tout homme devrait s'efforcer de réaliser au cours de sa vie.

Mais demander au sujet de se connaître, de désirer la sagesse (oV jilei to sojon, philein to sophon) n'est-ce pas aussi affirmer que ce sujet n'est pas actuellement sage, qu'il ne se connaît pas et que cette connaissance de soi par soi ne va justement pas de soi, qu'elle est problématique ?

Si toute connaissance est rapport à un objet et si le rapport à soi s'effectue dans une connaissance, alors, dans cet effort de retour sur soi, le sujet ne pourrait se saisir qu'en se constituant en objet, c'est-à-dire en objectivant son être.

En cela la connaissance de soi se distingue de la conscience de soi. Elle n'est pas simple présence à soi, mais instauration d'un rapport, d'une distance, entre un sujet connaissant et un objet connu.

Affirmer la possibilité d'une connaissance de soi par soi pour le sujet, c'est vouloir fonder la grandeur de la personne dans une autonomie absolue. Supposer une identité possible entre le sujet connaissant et l'objet connu, n'est-ce pas vouloir faire de l'homme une sorte de dieu ? Que valent en effet cette maîtrise et cette possession de soi pour un sujet humain, pour un homme purement homme ?

La connaissance de soi comme idéal à atteindre est-elle la preuve de l'imperfection radicale d'un sujet historique, pauvre existant plongé dans le temps et dominé par un être qui le dépasse, ou bien est-elle au contraire la marque de son humanité dans laquelle s'enracine sa dignité ?



Nous sommes tentés de répondre par l'affirmative à une telle question. Les performances croissantes de la science renforcent cette tentation et nous exigeons parfois que le scientifique nous aide à y répondre. Or nous savons aussi que le travail de la connaissance suppose la détermination d'un objet, une réduction objective. Je peux bien par exemple tenter de connaître mon corps et convoquer à ce titre, sinon les savants du moins leurs sciences (la médecine, la physiologie, la biologie, la physique, la chimie, la diététique, ...). Malheureusement, ou heureusement, la réponse n'est que partielle et la question, elle, demeure entière : ce corps qui est alors connu n'est pas mon corps, mais ce que la science peut objectivement saisir de mon corps qui, lui, est subjectivement vécu. Ce que je suis n'est pas réductible à une connaissance partes extra partes.

« Si on coupe un bras ou une jambe à un homme, nous pensons bien que son corps est divisé, [...]; et nous ne pensons pas que celui qui a un bras ou une jambe coupée, soit moins homme qu'un autre. »

René Descartes, lettre au père Mesland du 9 février 1645.

Ce n'est pas l'unité organique de mon corps qui fait l'unité de mon être. Au contraire, c'est l'unité de mon être qui fait que ce corps a une réalité subjective unique, que ce corps est plus que la somme de toutes ses parties, qu'il est mon corps. Une partie du corps n'est rien en elle-même, ni l'assemblage de toutes les parties. L'humanité du corps de l'homme ne tient pas à une organisation biologique particulière. Au contraire, la biologie nous dit que le corps humain n'est que le cas particulier d'une universalité qui le dépasse : le vivant. Alors que l'organisation du corps suffit à rendre compte de l'homme en tant qu'être vivant, elle ne permet cependant pas de le saisir dans son humanité.

« La surface d'un être est commandée par la profondeur et le visible des organes, par l'invisible des fonctions. Ce qui régit la forme, les propriétés le comportement d'un être vivant, c'est son organisation. »

François Jacob, La logique du vivant, chap. II.

Si le recours à la science est disqualifié dans la connaissance de soi par soi, il en va de même, a fortiori, pour les pseudo-sciences et autres "mauvaises doctrines" (l'astrologie par exemple), ainsi que les nomme Descartes en son Discours de la méthode. Aucune pré-determination cosmique ne saurait être révélée par des discours ou des théories pseudo-scientifiques. Il est tout aussi insensé de vouloir établir une connaissance de ce que je suis à partir de prétendues déterminations objectives. Il est vain et puéril de croire, par exemple, que la forme de mon corps (le phénotype dont la détermination est génétique et non psychologique) puisse révéler quoi que ce soit de mon caractère ou de mon être. La séduction exercée par des charlataneries comme la morphopsychologie, la caractériologie ou encore la phrénologie est celle exercée par toute réponse à une question en attente. Seul l'insistance de la question fait que la raison succombe parfois au chant de sirènes pas toujours innocentes. Aucune « bosse » n'explique une tendance au crime, des facilités en maths ou un talent en art. De même aucun héritage ne peut non plus être invoqué (« c'est de famille ! »).



Ainsi, toute détermination objective de ce que je suis, ne me dit pas qui je suis. Bien plutôt, l'approche scientifique apparaît comme propédeutique. Après avoir connu ce que je suis (biologie, anthropologie, sociologie,...) je découvre que tout ce savoir, toutes ces sciences, sont incapables de répondre à cette question, pourtant simple, qui suis-je ?

Nous pouvons donc éliminer de notre réflexion tout ce qui s'apparente à une réduction objective de mon être.

« Je m'arrête à y [la nature corporelle] penser avec attention, je passe et repasse toutes ces choses en mon esprit, et je n'en rencontre aucune que je puisse dire être en moi. Il n'est pas besoin que je m'arrête à les dénombrer. »

Descartes, Méditations métaphysiques, II.



Ainsi, ce corps qui me détermine comme chose du monde, dans l'espace, ce corps qui m'individualise et que la science me fait connaître comme distinct de moi, ce corps-là n'est pas moi, il n'est même pas mon corps, il n'est que la réduction objective de mon corps.

Nous avons appris que se connaître soi-même, ce n'est pas faire une science de soi. A la limite nous pourrions même dire que tout ce qui est susceptible d'être connu scientifiquement n'est pas moi. L'individu (c'est-à-dire la détermination dans l'espace et dans le temps de mon être) doit laisser place à la personne. Il y a finalement la même distance entre moi et la détermination objective de mon être qu'entre la personne que je suis et le personnage que je joue.

« Toute chose dans la nature agit d'après des lois. Il n'y a qu'un être raisonnable qui ait la faculté d'agir d'après la représentation des lois, c'est-à-dire d'après des principes, en d'autres termes, qui ait une volonté. »

Kant, Fondements de la métaphysique des m½urs, 2ème section.

Se connaître soi-même, c'est tenter de savoir que je suis un homme, c'est comprendre (et non connaître) la singularité de mon humanité.

« Je puis bien concevoir un homme sans main, pieds, tête (car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds). Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée : ce serait une pierre ou une brute. »

Pascal, Les pensées, 111-339.

En tant que chose du monde, l'homme est susceptible d'être l'objet d'une expérience comme n'importe quel autre corps. La connaissance de soi ne serait alors qu'un problème de méthode et la raison n'aurait qu'à prendre les mêmes précautions et à appliquer la même démarche que lorsqu'elle cherche à connaître un morceau de cire. Mais ce serait là ignorer ce qui fait l'homme : la pensée. En tant que pensée, l'homme échappe à sa détermination objective. Pour penser l'homme tel qu'il est (comme sujet), il faudrait pouvoir le saisir en dehors de ses déterminations spatiales ou temporelles (qui en font un objet).



Mais en faisant de l'homme une pensée, ne retombons-nous pas dans le cas précédant? Certes, en tant que pensée, l'homme ne relève pas de l'espace. Mais ne relève-t-il pas encore du temps dans et par lequel sa pensée lui apparaît à lui-même ?

La pensée, étant toujours une pensée apparaissant dans le temps, apparaît du même coup comme l'objet d'une expérience possible. Existant empiriquement, la pensée devient connaissable. Mais encore une fois une telle connaissance n'est possible (et elle existe réellement : la psychologie) qu'au prix de la réduction de l'être qui pense à ce qui est pensé, c'est-à-dire une réduction du Je pense à une pensée. Ne pas pouvoir "concevoir l'homme sans pensée" ne signifie pas que l'homme est une pensée mais que la pensée est la manifestation de son être.

Nous n'avons apparemment pas appris grand chose (nous savons pourtant que se connaître soi-même n'est pas connaître un corps ni un contenu de pensée), du moins avons-nous fait le premier pas.

« Le premier pas et le plus difficile que nous ayons à faire pour parvenir à la connaissance de nous-mêmes, est de reconnaître nettement la nature des deux substances qui nous composent; dire simplement que l'une est inétendue, immatérielle et immortelle, et que l'autre est étendue, matérielle et mortelle, se réduit à nier de l'une ce que nous assurons de l'autre; quelle connaissance pouvons-nous acquérir par cette voie de négation? ces expressions privatives ne peuvent représenter aucune idée réelle et positive : mais dire que nous sommes certains de l'existence de la première, et peut assurer de l'existence de l'autre; que la substance de l'une est simple, indivisible, et qu'elle n'a qu'une forme, puisqu'elle se manifeste que par une seule modification qui est la pensée; [...], c'est établir quelque chose [...]. »

Buffon, Histoire naturelle de l'homme et des animaux, 1749, chap. I.

Nous avons donc établi "quelque chose", que la pensée est le mode sur lequel mon être apparaît et non pas qu'elle est mon être. Savoir que je pense me prouve que je suis mais ne signifie pas pour autant que je suis une pensée.



Pourquoi prendre autant de précautions et de peine pour distinguer entre "Je suis une chose qui pense" et "Je suis une pensée" ?



Si je suis une pensée, alors mon être apparaît phénoménalement ; il devient objet d'expérience et je peux alors me connaître. Mais cela suppose que l'on admette l'identité de la connaissance de soi et de la conscience de soi. Ce serait réduire l'être à ses manifestations empiriques, réduire l'être à l'existence et supposer que tout est donné dans l'existence. Cette conception matérialiste, cette réduction de l'être humain à la chose, du pour-soi à l'en-soi, est inacceptable, et ceci pour une raison de simple bon sens : plus rien ne distinguerait l'homme du monde des choses. Or, même s'il est discutable que l'homme jouisse dans ce monde d'une situation privilégiée, il est en revanche incontestable qu'il y occupe une situation particulière. D'autre part, en limitant l'humanité de l'homme à son mode d'être dans le monde, le rôle de la conscience devient alors subalterne car celui d'une pure réceptivité et la conscience elle-même un mode inférieur de la connaissance.

« La conscience n'est pas un mode de connaissance particulier appelé sens intime ou connaissance de soi, c'est la dimension transphénoménale du sujet. »

Jean-Paul Sartre, L'être et le néant, 1943, Gallimard, coll. Tel, p. 17.

Si la pensée n'est pas ce que je suis mais preuve que je suis, alors cela signifie que c'est dans l'exercice de la pensée que je me découvre comme existant, que c'est dans mon existence que je saisis que je suis (que j'accède à mon être, à l'essence). « J'ai reconnu que j'étais, et je cherche quel je suis, moi que j'ai reconnu être. » (Descartes, Id.). L'ordre de l'être est distinct de celui de la connaissance. La certitude d'existence se transforme en question de l'être : qui suis-je, moi qui sais que je suis? La recherche s'oriente donc sur l'être de cette existence, être qui est pensé avant d'être connu. Si la conscience de mes pensées est preuve que je suis, alors la conscience empirique renvoie à un autre qu'elle-même, à l'être, à la "chose" qui pense; renvoi du Moi (empirique) à un Moi pur (transcendantal).

Dire que la conscience est un mode de la connaissance, c'est aussi affirmer l'identité de l'être et de la conscience, c'est affirmer la conscience comme parousie de l'être. Ce serait prétendre que l'être tout entier se donne dans la conscience, ce serait faire de l'homme une pure identité à soi (un "Je suis Je" absolu), un être parfait, transparent à lui-même, sans zone d'ombre ni obscurité, un petit dieu vivant dont la connaissance serait sans limites. Or l'existence même de la question (Qui suis-je?), le seul fait qu'elle se pose, nous rappelle que "l'homme est obscur à lui-même" (Alain). Ce serait aussi confondre l'humanité de l'homme et son savoir et prétendre qu'être humain, c'est d'abord être savant. Or, l'expérience triviale nous montre que biens des "ignorants" sont largement aussi humains que certains doctes (il faut ici se rappeler la leçon de Montaigne dans ses Essais, au chapitre "Des boyteux"). Mais encore, il y a une différence qualitative, une différence de nature entre l'homme et son savoir. L'homme est supérieur au savoir qu'il fonde. Même maître du monde, l'homme savant dépendrait encore de cet être qui le fonde, de cette chose qui pense et à laquelle renvoie son existence pensante.

« Or, si j'étais indépendant de tout autre, et que je fusse moi-même l'auteur de mon être, certes je ne douterais d'aucune chose, je ne concevrais plus de désirs, et enfin il ne me manquerait aucune perfection; car je me serais ainsi donné à moi-même toutes celles dont j'ai en moi quelque idée, et ainsi je serais Dieu. »

Descartes, Op. Cit., III.



Jusqu'ici, nous avons établi que se connaître revenait à se comprendre dans son humanité, comme une personne, et non à se saisir comme individu.

Nous avons aussi établi que connaître c'est "se représenter une chose en tant qu'objet de pensée analysé" (définition du dictionnaire Le Robert), c'est-à-dire que la connaissance d'une chose n'est possible qu'à condition qu'elle m'apparaisse dans l'espace et dans le temps et que cette apparition phénoménale soit déterminée par un concept (par l'intuition sensible, les objets nous sont donnés; par l'entendement ils sont connus).

Nous avons aussi montré comment le Moi pensant, le Moi se connaissant comme pensant, renvoyait à un autre que lui, à un Ego fondateur (distinction entre le Moi pur et le Moi empirique).

Nous comprenons alors, que pour qu'une connaissance de soi soit possible, il faudrait que je puisse avoir une intuition de cet Ego, de ce Je "transphénoménal". Mais nous tombons là dans une espèce de cercle vicieux. En effet, la connaissance consiste « dans le rapport déterminé de représentations données à un objet. L'objet est ce dont le concept réunit le divers d'une intuition donnée. Or toute réunion des représentations exige l'unité de la conscience. » (Kant, Critique de la raison pure, 1787, 2ème partie, La Pléiade, p. 856). Toute connaissance est une synthèse opérée, et toute synthèse opérée exige une unité qui, opère la synthèse (se connaître reviendrait à vouloir faire la synthèse de ce qui opère la synthèse). La synthèse du divers opérée par la conscience rend possible la connaissance. L'unité synthétique de la conscience est première, elle est la condition subjective de la connaissance. L'unité transcendantale de la conscience de soi est posée à l'origine de toute expérience et de toute connaissance. Il n'y a pas de représentations sans conscience. Ce n'est pas parce que je perçois (que mon cerveau reçoit des excitations) que je suis conscient, mais parce que je suis conscient que je donne un sens à mes sensations (et qu'elles deviennent des perceptions). Toute synthèse du divers renvoie à une unité originaire que Kant appelle le "Je pense" et qui doit accompagner toutes mes représentations car sinon ces représentations ne seraient rien pour moi.

Mais, cela suppose deux choses.

D'abord, que ce Je pense, condition de toute expérience, est lui-même hors de toute expérience.

Ensuite, qu'il reste le même quelles que soient mes représentations, sinon je changerais d'être à mesure que mes états de conscience se succèdent et « j'aurais un moi aussi divers et bigarré que j'ai de représentations dont j'ai conscience » (Kant)

Il convient donc de supposer un sujet transcendantal (au-delà de toute expérience) qui se distingue du sujet empirique. Toutes mes intuitions étant produites par ma sensibilité, je ne peux avoir une conscience immédiate de mon être. Je prends conscience empiriquement de moi-même par la conscience de ces représentations qui sont en moi, mais qui ne sont pas moi, qui supposent quelque chose de permanent, distinct d'elles-mêmes, et par rapport à quoi leur changement sera déterminé. Pour le dire autrement, c'est en pensant des objets que je me découvre du même coup comme sujet pensant. Mon existence comme sujet pensant est liée à l'existence d'un monde comme objet pensé. Mais, parce que je me saisis d'abord comme existant et qu'exister c'est être dans le temps, alors, je n'ai accès à moi que comme phénomène. Puisque c'est dans le temps que le Je pense s'apparaît à lui-même, alors le sujet se connaît tel qu'il s'apparaît à lui-même et non tel qu'il est.

Ainsi, toute connaissance de soi est-elle nécessairement une connaissance du moi empirique. « Or, comme, pour la connaissance de nous-mêmes [...] est encore requise une espèce indéterminée d'intuition [...], et donc d'après cela, je n'ai aucune connaissance de moi tel que je suis, mais seulement tel que je m'apparais à moi-même. La conscience de soi-même est donc bien loin d'être une connaissance de soi-même. » (Kant, Id., § 25). Même si je peux me penser, je ne peux me connaître. Ce que je connais de moi n'est pas moi.



Se connaître soi-même ne revient pas à élaborer une science de soi. Bien au contraire, si mon projet est bien de me connaître alors la sagesse consiste d'abord à reconnaître qu'à cet égard, tout savoir est nul. C'est pour avoir reconnu son ignorance que Socrate, l'homme le plus savant de la terre ainsi que ses contemporains le qualifiaient, fut déclaré sage. Se connaître soi ce n'est pas s'entendre, mais se comprendre, c'est-à-dire découvrir que je ne serai homme que lorsque je serai créateur de moi-même, lorsque j'aurai enfin réalisé que la petite lumière que je cherche, celle qui me guide hors de la caverne, est en moi. Comprendre cela, c'est naître réellement comme homme, c'est comprendre que mon humanité n'est pas donnée, qu'elle est le résultat d'un effort sur soi, d'une conquête et non d'une quête de soi hors de soi. Je ne suis homme pour autant que je le deviens par moi-même. Etre homme, c'est comprendre que la création de soi est arrachement à la nature.

Le sum qui sum de la Bible, la tautologie qui permet de dire l'identité absolue de Dieu n'est pas pour moi. Ce n'est pas l'Exode (III, 14) que les hommes doivent prendre pour eux, mais le Deutéronome (XV, 9) : « Que les hommes sachent qu'ils sont des hommes ». La perfection, si elle est peut-être divine, n'est pas humaine.

« La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable.

C'est donc être misérable que de se connaître misérable; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. »

Pascal, Les pensées, 114-397.

L'arbre est arbre, il est immédiatement et parfaitement tout ce qu'il doit être pour être arbre. Rien ne lui manque. L'homme lui n'est pas parfaitement homme, mais il le sait. La grandeur de l'homme, sa dignité sont de savoir qu'il n'est pas immédiatement humain, mais qu'il doit l'être. L'homme dont tout l'être est conscience d'être est aussi conscience de devoir être dans laquelle notre humanité acquiert sa valeur.
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# Posté le jeudi 04 juin 2009 18:45

conscience et inconcient


Conscience : il n'est pas si facile de définir la conscience. Bergson * estimait ainsi que toute définition de la conscience « serait moins claire qu'elle » : « Vous pensez bien, écrivait-il, que je ne vais pas définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l'expérience de chacun de nous. » En un sens, en effet, la conscience ne m'est pas extérieure : "ma" conscience n'est pas une chose ou un "être", c'est l'activité par laquelle il y a des choses et des êtres. On peut d'ailleurs penser que définir la conscience comme « intuition (plus ou moins claire, plus ou moins complète) qu'a l'esprit de ses états et de ses actes » (Lalande, Vocabulaire de la philosophie), c'est faire intervenir une notion, l'intuition, qui est elle-même synonyme de conscience : toute définition de la conscience serait ainsi "circulaire" ! On ne pourrait donc en donner que des synonymes. Ainsi, être conscient, c'est s'apercevoir de ce que l'on est, comme de ce que l'on fait ou de ce que l'on dit, aussi bien que de ce qui se passe autour de nous. La conscience disparaît lors de l'endormissement, et nous revient, si l'on peut dire, au réveil. Comme dit Alain * , « dans le sommeil, je suis tout ; mais je n'en sais rien ». J'y suis en quelque sorte sans y être, car privé de conscience. Etre conscient, c'est donc être présent, à soi comme au monde environnant.

Cette conscience spontanée, immédiate, est cependant capable de se représenter à elle-même. On parle alors de conscience réfléchie. La langue anglaise rend nettement compte de cette distinction : awareness désigne en effet la conscience immédiate, préréflexive, tandis que consciousness, dont la forme achevée est la conscience de soi (self-consciousness) renvoie à l'acte réflexif permettant l'introspection. Cet acte par lequel l'esprit se dédouble et s'identifie à la fois implique bien probablement une capacité spécifiquement humaine.

Dans les deux cas toutefois, la conscience est un fait psychologique. Or ce sens n'apparaît que timidement au XVIIe siècle. Antérieurement, la conscience désigne un fait moral : elle est alors le sentiment intérieur d'une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier la valeur de nos actions. Ce sens ne s'est toutefois pas perdu en français, comme en témoignent les expressions en conscience, bonne (ou mauvaise) conscience, examen de conscience, cas de conscience, avoir un poids sur la conscience, libérer sa conscience, avoir une conscience professionnelle...




Inconscient / inconscience : l'inconscience désigne l'état de privation de conscience, par exemple dans le sommeil ou dans le coma. Par extension, le terme en vient à évoquer le manque de conscience, par exemple en parlant d'un automobiliste imprudent. Enfin, ce terme est parfois aussi utilisé pour caractériser des phénomènes qui excluent toujours la conscience, par exemple le comportement instinctif. L'inconscient, quant à lui, désigne une activité. L'idée est donc bien différente : elle évoque en effet une vie psychique inconsciente, et non une simple absence de conscience, et suppose de dissocier (contre Descartes et Locke) psychisme et conscience.

Enfin, le subconscient désigne l'activité psychique qui affleure la conscience sans y parvenir tout à fait. La psychanalyse lui a préféré le terme de préconscient.



Etymologie Conscience vient du latin, conscientia, formé sur cum + scientia. La langue française a tout de suite donné au mot une connotation morale, et le sens psychologique n'est apparu qu'avec la philosophie classique (XVIIe s.), renouant ainsi, par delà le latin, avec le grec suneidêsis.


Problèmes
L'idée d'inconscient est-elle acceptable ?
Le sujet, c'est moi : je suis une "chose pensante", comme dit Descartes. Mais dire que JE PENSE, n'est-ce pas admettre d'emblée que je suis une conscience : penser, et être conscient, n'est -ce pas la même chose ?
...Mais si tel est le cas, comment admettre l'existence d'une pensée inconsciente ? L'idée d'un inconscient, en effet, n'est-ce pas l'idée pour le moins étrange d'une pensée qui ne PENSE pas, qui ne SE pense pas ?...

Cependant, "refuser l'inconscient", n'est-ce pas se condamner à méconnaître la complexité de la vie psychique : la conscience de soi, en effet, n'est pas la connaissance de soi. Que sais-je de moi-même ? Que sais-je du lieu d'où surgit ma pensée ? Comment, par exemple, expliquer la mauvaise foi ? Dans la mauvaise foi, il semble bien que je me mente à moi-même ; mais le menteur connaît la vérité, et tente de la dissimuler : dès lors, comment peut-il, sur le mode de la mauvaise foi, se mentir à lui-même ? Comment peut-il être à la fois le trompeur et le trompé ? Comment, autrement dit, la conscience peut-elle être à la fois savante et ignorante ? Et comment, aussi, puis-je continuer de prétendre que "je suis" cette conscience, et en même temps en être la victime ?


La conscience est-elle libre ?
Un être libre est certainement doué de conscience. L'enjeu est donc capital, car si l'on entrevoit mal comment la liberté est possible sans la conscience, on voit fort mal aussi comment il se pourrait que la conscience échappe à toute détermination extérieure : comment la conscience, en effet, pourrait-elle se constituer à l'abri de la vie sociale / économique, et même sans être enracinée dans le corps et sans dépendre de lui ? La conscience n'entretient-elle pas avec elle-même un rapport illusoire ?

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# Posté le jeudi 28 mai 2009 10:20

des citations sur la liberté

> Pas de liberté pour les ennemis de la liberté.
[Louis Antoine de Saint-Just] [+]




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> Ce qu'on appelle liberté, dans le langage politique, c'est le droit de faire des lois, c'est-à-dire d'enchaîner la liberté.
[Auguste Vermorel] [+]
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> La vraie liberté, c'est de pouvoir repousser très loin les limites de sa liberté.
[Nicole Garcia] [+]
Extrait d'une interview dans Studio Magazine - Octobre 1998 [+]




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> Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage.
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> On ne va pas mendier sa liberté aux autres. La liberté, il faut la prendre.
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> Tandis que l'Etat existe, pas de liberté ; quand régnera la liberté, il n'y aura plus d'Etat.
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> Il est aisé d'écraser, au nom de la liberté extérieure, la liberté intérieure de l'homme.
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> La liberté d'aimer n'est pas moins sacrée que la liberté de penser.
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> Le meilleur usage que l'homme puisse faire de la liberté, c'est de n'en faire aucun.
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> L'homme, ce n'est pas le triomphe de la mécanique ; c'est l'avènement de la liberté... savoir ressembler à Dieu : c'est cela la liberté.
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> L'exigence de liberté est une exigence de pouvoir.
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> Un esprit libre prend des libertés même à l'égard de la liberté.
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> Une liberté qui ne s'emploie qu'à nier la liberté doit être niée.
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> Quand on ne peut plus avoir la liberté qu'on avait sous les tyrans, on jouit au moins des tyrannies de ceux qui parlent de liberté.
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Point de propriété, sans liberté ; point de liberté, sans sûreté.
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> La liberté, ce n'est pas la liberté de faire n'importe quoi, c'est le refus de faire ce qui est nuisible.
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> Il n'y a de bonheur que dans la liberté et de grandeur que dans une liberté croissante.
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> Il ne peut y avoir de liberté contre la vérité, il ne peut y avoir de liberté contre l'intérêt commun.
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# Posté le vendredi 22 mai 2009 19:09

liberté

LIBERTAS PRAESTANTISSIMUM



LETTRE ENCYCLIQUE
DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIII
SUR LA LIBERTÉ HUMAINE

A tous Nos Vénérables Frères, les Patriarches, Primats, Archevêques et Evêques du monde catholique, en grâce et communion avec le Siège Apostolique,


Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

La liberté, bien excellent de la nature et apanage exclusif des êtres doués d'intelligence ou de raison, confère à l'homme une dignité en vertu de laquelle il est mis entre les mains de son conseil et devient le maître de ses actes.


Ce qui, néanmoins, est surtout important dans cette prérogative, c'est la manière dont on l'exerce, car de l'usage de la liberté naissent les plus grands maux comme les plus grands biens. Sans doute, il est au pouvoir de l'homme d'obéir à la raison, de pratiquer le bien moral, de marcher droit à sa fin suprême; mais il peut aussi suivre toute autre direction, et, en poursuivant des fantômes de biens trompeurs, renverser l'ordre légitime et courir à une perte volontaire.


Le libérateur du genre humain, Jésus-Christ, est venu restaurer et accroître l'ancienne dignité de notre nature; mais c'est à la volonté même de l'homme qu'il fait sentir surtout son influence, et, par sa grâce dont il lui a ménagé les secours, par la félicité éternelle dont il lui a ouvert la perspective dans le ciel, il l'a élevée à un état meilleur.


Et, pour un motif semblable, l'Eglise a toujours bien mérité de ce don excellent de notre nature, et elle ne cessera pas d'en bien mériter, puisque c'est à elle qu'il appartient d'assurer aux bienfaits que nous devons à Jésus-Christ leur propagation dans toute la suite des siècles. Et pourtant, on compte un grand nombre d'hommes qui croient que l'Eglise est l'adversaire de la liberté humaine. La cause en est dans l'idée défectueuse et comme à rebours que l'on se fait de la liberté. Car, par cette altération même de sa notion, ou par l'extension exagérée qu'on lui donne, on en vient à l'appliquer à bien des choses dans lesquelles l'homme, à en juger d'après la saine raison, ne saurait être libre.


Nous avons parlé ailleurs, et notamment dans l'Encyclique Immortale Dei, de ce qu'on nomme les libertés modernes; et, distinguant en elles le bien de ce qui lui est contraire, Nous avons en même temps établi que tout ce que ces libertés contiennent de bon, tout cela est aussi ancien que la vérité, tout cela l'Eglise l'a toujours approuvé avec empressement et l'a admis effectivement dans la pratique. Ce qui s'y est ajouté de nouveau apparaît à qui cherche le vrai comme un élément corrompu, produit par le trouble des temps et par l'amour désordonné du changement. Mais, puisque beaucoup s'obstinent à voir dans ces libertés, même en ce qu'elles ont de vicieux, la plus belle gloire de notre époque et le fondement nécessaire des constitutions politiques, comme si sans elles on ne saurait imaginer de parfait gouvernement, il Nous a paru nécessaire pour l'intérêt public, en face duquel Nous Nous mettons, de traiter à part cette question.


Ce que Nous avons directement en vue, c'est la liberté morale considérée soit dans les individus, soit dans la société. Il est bon cependant de dire tout d'abord quelques mots de la liberté naturelle, laquelle, bien que tout à fait distincte de la liberté morale, est pourtant la source et le principe d'où toute espèce de liberté découle d'elle-même et comme naturellement. Cette liberté, le jugement et le sens commun de tous les hommes, qui certainement est pour nous la voix de la nature, ne la reconnaissent qu'aux êtres qui ont l'usage de l'intelligence ou de la raison, et c'est en elle que consiste manifestement la cause qui nous fait considérer l'homme comme responsable de ses actes.


Et il n'en saurait être autrement; car, tandis que les animaux n'obéissent qu'aux sens et ne sont poussés que par l'instinct naturel à rechercher ce qui leur est utile ou à éviter ce qui leur serait nuisible, l'homme, dans chacune des actions de sa vie, a la raison pour guide. Or, la raison, à l'égard des biens de ce monde, nous dit de tous et de chacun qu'ils peuvent indifféremment être ou ne pas être; d'où il suit qu'aucun d'eux ne lui apparaissant comme absolument nécessaire, elle donne à la volonté le pouvoir d'option pour choisir ce qui lui plaît.


Mais si l'homme peut juger de la contingence, comme on dit, des biens dont nous avons parlé, c'est qu'il a une âme simple de sa nature, spirituelle et capable de penser ; une âme qui, étant telle, ne tire point son origine des choses corporelles, pas plus qu'elle n'en dépend pour sa conservation, mais qui, créée immédiatement de Dieu et dépassant d'une distance immense la commune condition des corps, a son mode propre et particulier de vie et d'action ; d'où il résulte que, comprenant par sa pensée les raisons immuables et nécessaires du vrai et du bien, elle voit que ces biens particuliers ne sont nullement des biens nécessaires. Ainsi prouver pour l'âme humaine qu'elle est dégagée de tout élément mortel et douée de la faculté de penser, c'est établir en même temps la liberté naturelle sur son solide fondement.


Or, cette doctrine de la liberté, comme celle de la simplicité, de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme humaine, nul ne la prêche plus haut, ni ne l'affirme avec plus de constance que l'Eglise catholique; elle l'a de tout temps enseignée, et elle la défend comme un dogme. Bien plus, devant les attaques des hérétiques et des fauteurs d'opinions nouvelles, c'est l'Eglise qui a pris la liberté sous son patronage et qui a sauvé de la ruine ce grand bien de l'homme. A cet égard, les monuments de l'histoire témoignent de l'énergie avec laquelle elle a repoussé les efforts des manichéens et autres; et, dans des temps plus récents, personne n'ignore avec quel zèle et quelle force, soit au Concile de Trente, soit plus tard contre les sectateurs de Jansénius, elle a combattu pour la liberté de l'homme, ne laissant en aucun temps et en aucun lieu le fatalisme prendre pied.


Ainsi, la liberté est, comme Nous l'avons dit, le propre de ceux qui ont reçu la raison ou l'intelligence en partage; et cette liberté, à en examiner la nature, n'est pas autre chose que la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déterminé; en ce sens que celui qui a la faculté de choisir une chose entre plusieurs autres, celui-là est maître de ses actes.


Or, toute chose acceptée en vue d'en obtenir une autre appartient au genre de bien qu'on nomme l'utile; et le bien ayant pour caractère d'agir proprement sur l'appétit, il faut en conclure que le libre arbitre est le propre de la volonté même en tant que, dans ses actes, elle a la faculté de choisir. Mais il est impossible à la volonté de se mouvoir, si la connaissance de l'esprit, comme un flambeau, ne l'éclaire d'abord: c'est-à-dire que le bien désiré par la volonté est nécessairement le bien en tant que connu par la raison. Et cela d'autant plus que dans toute volition, le choix est toujours précédé d'un jugement sur la vérité des biens et sur la préférence que nous devons accorder à l'un d'eux sur les autres. Or, juger est de la raison, non de la volonté ; on n'en saurait raisonnablement douter. Etant donc admis que la liberté réside dans la volonté, laquelle est de sa nature un appétit obéissant à la raison, il s'ensuit qu'elle-même, comme la volonté, a pour objet un bien conforme à la raison.


Néanmoins, chacune de ces deux facultés ne possédant point la perfection absolue, il peut arriver et il arrive souvent que l'intelligence propose à la volonté un objet qui, au lieu d'une bonté réelle, n'en a que l'apparence, une ombre de bien, et que la volonté pourtant s'y applique.


Mais, de même que pouvoir se tromper et se tromper réellement est un défaut qui accuse l'absence de la perfection intégrale dans l'intelligence, ainsi s'attacher à un bien faux et trompeur, tout en étant l'indice du libre arbitre, comme la maladie l'est de la vie, constitue néanmoins un défaut de la liberté. Pareillement la volonté, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, tombe dans un vice radical qui n'est que la corruption et l'abus de la liberté.


Voilà pourquoi Dieu, la perfection infinie, qui, étant souverainement intelligent et la bonté par essence, est aussi souverainement libre, ne peut pourtant en aucune façon vouloir le mal moral; et il en est de même pour les bienheureux du ciel, grâce à l'intuition qu'ils ont du souverain bien. C'est la remarque pleine de justesse que saint Augustin et d'autres faisaient contre les Pélagiens. Si la possibilité de faillir au bien était de l'essence et de la perfection de la liberté, dès lors, Dieu, Jésus-Christ, les anges, les bienheureux, chez qui ce pouvoir n'existe pas, ou ne seraient pas libres, ou du moins ne le seraient pas aussi parfaitement que l'homme dans son état d'épreuve et d'imperfection. Le Docteur angélique s'est occupé souvent et longuement de cette question; et de sa doctrine il résulte que la faculté de pécher n'est pas une liberté, mais une servitude. Très subtile est son argumentation sur ces mots du Sauveur Jésus : Celui qui commet le péché est l'esclave du péché. (Joan., VIII, 34) " Tout être est ce qui lui convient d'être selon sa nature. Donc, quand il se meut par un agent extérieur, il n'agit point par lui-même, mais par l'impulsion d'autrui, ce qui est d'un esclave. Or, selon sa nature, l'homme est raisonnable. Donc, quand il se meut selon la raison, c'est par un mouvement qui lui est propre qu'il se meut, et il agit par lui-même, ce qui est le fait de la liberté ; mais, quand il pèche, il agit contre la raison, et alors c'est comme s'il était mis en mouvement par un autre et qu'il fût retenu sous une domination étrangère : c'est pour cela que celui qui commet le péché est esclave du péché ". C'est ce qu'avait vu assez nettement la philosophie antique, celle notamment dont la doctrine était que nul n'est libre que le sage, et qui réservait, comme on sait, le nom de sage à celui qui s'était formé à vivre constamment selon la nature, c'est-à-dire dans l'honnêteté et la vertu.


La condition de la liberté humaine étant telle, il lui fallait une protection, il lui fallait des aides et des secours capables de diriger tous ses mouvements vers le bien et de les détourner du mal : sans cela, la liberté eût été pour l'homme une chose très nuisible. Et d'abord une Loi, c'est-à-dire une règle de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, lui était nécessaire. A proprement parler, il ne peut pas y en avoir chez les animaux, qui agissent par nécessité, puisque tous leurs actes, ils les accomplissent sous l'impulsion de la nature et qu'il leur serait impossible d'adopter par eux-mêmes un autre mode d'action. Mais les êtres qui jouissent de la liberté ont par eux-mêmes le pouvoir d'agir, d'agir de telle façon ou de telle autre, attendu que l'objet de leur volonté, ils ne le choisissent que lorsqu'est intervenu ce jugement de la raison dont Nous avons parlé. Ce jugement nous dit, non seulement ce qui est bien en soi ou ce qui est mal, mais aussi ce qui est bon et, par conséquent, à réaliser, ou ce qui est mal et, par conséquent, à éviter. C'est, en effet, la raison qui prescrit à la volonté ce qu'elle doit chercher ou ce qu'elle doit fuir, pour que l'homme puisse un jour atteindre cette fin suprême en vue de laquelle il doit accomplir tous ses actes. Or, cette ordination de la raison, voilà ce qu'on appelle la loi.


Si donc, la loi est nécessaire à l'homme, c'est dans son arbitre lui-même, c'est-à-dire dans le besoin qu'il a de ne pas se mettre en désaccord avec la droite raison, qu'il faut en chercher, comme dans sa racine, la cause première. Et rien ne saurait être dit ou imaginé de plus absurde et de plus contraire au bon sens que cette assertion : L'homme, étant libre par nature, doit être exempté de toute loi; car, s'il en était ainsi, il s'en suivrait qu'il est nécessaire pour la liberté de ne pas s'accorder avec la raison, quand c'est tout le contraire qui est vrai, à savoir, que l'homme doit être soumis à la loi, précisément parce qu'il est libre par nature. Ainsi donc, c'est la loi qui guide l'homme dans ses actions et c'est elle aussi qui, par la sanction des récompenses et des peines, l'attire à bien faire et le détourne du péché.


Telle est, à la tête de toutes, la loi naturelle qui est écrite et gravée dans le coeur de chaque homme, car elle est la raison même de l'homme, lui ordonnant de bien faire et lui interdisant de pécher. Mais cette prescription de la raison humaine ne saurait avoir force de loi, si elle n'était l'organe et l'interprète d'une raison plus haute à laquelle notre esprit et notre liberté doivent obéissance.


Le rôle de la loi étant, en effet, d'imposer des devoirs et d'attribuer des droits, elle repose tout entière sur l'autorité, c'est-à-dire sur un pouvoir véritablement capable d'établir ces devoirs et de définir ces droits, capable aussi de sanctionner ses ordres par des peines et des récompenses; toutes choses qui ne pourraient évidemment exister dans l'homme, s'il se donnait à lui-même en législateur suprême la règle de ses propres actes. Il suit donc de là que la loi naturelle n'est autre chose que la loi éternelle, gravée chez les êtres doués de raison et les inclinant vers l'acte et la fin qui leur conviennent, et celle-ci n'est elle-même que la raison éternelle du Dieu créateur et modérateur du monde.


A cette règle de nos actes, à ces freins du péché, la bonté de Dieu a voulu joindre certains secours singulièrement propres à affermir, à guider la volonté de l'homme.


Au premier rang de ces secours, excelle la puissance de la grâce divine, laquelle, en éclairant l'intelligence et en inclinant sans cesse vers le bien moral la volonté salutairement raffermie et fortifiée, rend plus facile à la fois et plus sûr l'exercice de notre liberté naturelle. Et ce serait s'écarter tout à fait de la vérité que de s'imaginer que, par cette intervention de Dieu, les mouvements de la volonté perdent de leur liberté, car l'influence de la grâce divine atteint l'intime de l'homme et s'harmonise avec sa propension naturelle, puisqu'elle a sa source en celui qui est l'auteur et de notre âme et de notre volonté et qui meut tous les êtres d'une manière conforme à leur nature. On peut même dire que la grâce divine, comme le remarque le Docteur angélique, par là même qu'elle émane de l'auteur de la nature, est merveilleusement et naturellement apte à conserver toutes les natures individuelles et à garder à chacune son caractère, son action et son énergie.


Ce qui vient d'être dit de la liberté des individus, il est facile de l'appliquer aux hommes qu'unit entre eux la société civile, car ce que la raison et la loi naturelle font pour les individus, la loi humaine promulguée pour le bien commun des citoyens l'accomplit pour les hommes vivant en société. Mais, parmi les lois humaines, il en est qui ont pour objet ce qui est bon ou mauvais naturellement, ajoutant à la prescription de pratiquer l'un et d'éviter l'autre une sanction convenable. De tels commandements ne tirent aucunement leur origine de la société des hommes; car, de même que ce n'est pas la société qui a créé la nature humaine, ce n'est pas elle qui fait que le bien soit en harmonie et le mal en désaccord avec cette nature; mais tout cela est antérieur à la société humaine elle-même et doit absolument être rattaché à la loi naturelle, et partant à la loi éternelle. Comme on le voit, les préceptes de droit naturel compris dans les lois des hommes n'ont pas seulement la valeur de la loi humaine, mais ils supposent avant tout cette autorité bien plus élevée et bien plus auguste qui découle de la loi naturelle elle-même et de la loi éternelle. Dans ce genre de lois, l'office du législateur civil se borne à obtenir, au moyen d'une discipline commune, l'obéissance des citoyens, en punissant les méchants et les vicieux, dans le but de les détourner du mal et de les ramener au bien, ou du moins de les empêcher de blesser la société et de lui être nuisibles.


Quant aux autres prescriptions de la puissance civile, elles ne procèdent pas immédiatement et de plain-pied du droit naturel; elles en sont des conséquences plus éloignées et indirectes et ont pour but de préciser les points divers sur lesquels la nature ne s'était prononcée que d'une manière vague et générale. Ainsi, la nature ordonne aux citoyens de contribuer par leur travail à la tranquillité et à la prospérité publiques : dans quelle mesure, dans quelles conditions, sur quels objets, c'est ce qu'établit la sagesse des hommes, et non la nature. Or, ces règles particulières de conduite, créées par une raison prudente et intimées par un pouvoir légitime, constituent ce que l'on appelle proprement une loi humaine. Visant la fin propre de la communauté, cette loi ordonne à tous les citoyens d'y concourir, leur interdit de s'en écarter et, en tant qu'elle suit la nature et s'accorde avec ses prescriptions, elle nous conduit à ce qui est bien et nous détourne du contraire. Par où l'on voit que c'est absolument dans la loi éternelle de Dieu qu'il faut chercher la règle et la loi de la liberté, non seulement pour les individus, mais aussi pour les sociétés humaines. Donc, dans une société d'hommes, la liberté digne de ce nom ne consiste pas à faire tout ce qui nous plaît : ce serait dans l'Etat une confusion extrême, un trouble qui aboutirait à l'oppression ; la liberté consiste en ce que, par le secours des lois civiles, nous puissions plus aisément vivre selon les prescriptions de la loi éternelle. Et pour ceux qui gouvernent, la liberté n'est pas le pouvoir de commander au hasard et suivant leur bon plaisir: ce serait un désordre non moins grave et souverainement pernicieux pour l'Etat ; mais la force des lois humaines consiste en ce qu'on les regarde comme une dérivation de la loi éternelle et qu'il n'est aucune de leurs prescriptions qui n'y soit contenue, comme dans le principe de tout droit. Saint Augustin dit avec une grande sagesse (De lib. Arb., 1. I, c. 4, n. 15.): "Je pense que vous voyez bien aussi que, dans cette loi temporelle, il n'y a rien de juste et de légitime que les hommes ne soient allés puiser dans la loi éternelle." Supposons donc une prescription d'un pouvoir quelconque qui serait en désaccord avec les principes de la droite raison et avec les intérêts du bien public ; elle n'aurait aucune force de loi, parce que ce ne serait pas une règle de justice et qu'elle écarterait les hommes du bien pour lequel la société a été formée.


Par sa nature donc et sous quelque aspect qu'on la considère, soit dans les individus, soit dans les sociétés, et chez les supérieurs non moins que chez les subordonnés, la liberté humaine suppose la nécessité d'obéir à une règle suprême et éternelle; et cette règle n'est autre que l'autorité de Dieu nous imposant ses commandements ou ses défenses; autorité souverainement juste, qui, loin de détruire ou de diminuer en aucune sorte la liberté des hommes, ne fait que la protéger et l'amener à sa perfection, car la vraie perfection de tout être, c'est de poursuivre et d'atteindre sa fin: or, la fin suprême vers laquelle doit aspirer la liberté humaine, c'est Dieu.


Ce sont les préceptes de cette doctrine très vraie et très élevée, connus même par les seules lumières de la raison, que l'Eglise, instruite par les exemples et la doctrine de son divin Auteur, a propagés et affirmés partout, et d'après lesquels elle n'a jamais cessé et de mesurer sa mission, et d'informer les nations chrétiennes. En ce qui touche les moeurs, les lois évangéliques, non seulement l'emportent de beaucoup sur toute la sagesse païenne, mais elles appellent l'homme et le forment vraiment à une sainteté inconnue des anciens et, en le rapprochant de Dieu, elles le mettent en possession d'une liberté plus parfaite.


C'est ainsi qu'a toujours éclaté la merveilleuse puissance de l'Eglise pour la protection et le maintien de la liberté civile et politique des peuples. Ses bienfaits en ce genre n'ont pas besoin d'être énumérés. Il suffit de rappeler l'esclavage, cette vieille honte des nations païennes, que ses efforts surtout et son heureuse intervention ont fait disparaître. L'équilibre des droits, comme la vraie fraternité entre les hommes, c'est Jésus-Christ qui l'a proclamé le premier; mais à sa voix a répondu celle de ses apôtres déclarant qu'il n'y a plus ni Juif, ni Grec, ni Barbare, ni Scythe, mais que tous sont frères dans le Christ.


Sur ce point, l'ascendant de l'Eglise est si grand et si reconnu que, partout où elle pose le pied, on en a fait l'expérience, la grossièreté des moeurs ne peut subsister longtemps. A la brutalité succède bientôt la douceur, aux ténèbres de la barbarie, la lumière de la vérité. Et les peuples mêmes cultivés et adoucis par la civilisation, l'Eglise n'a jamais cessé de leur faire sentir l'influence de ses bienfaits, résistant aux caprices de l'iniquité, détournant l'injustice de la tête des innocents ou des faibles, et s'employant enfin à établir dans les choses publiques des institutions qui pussent, par leur équité, se faire aimer des citoyens ou se faire redouter des étrangers par leur puissance.


C'est, en outre, un devoir très réel de respecter le pouvoir et de se soumettre aux lois justes : d'où vient que l'autorité vigilante des lois préserve les citoyens des entreprises criminelles des méchants. Le pouvoir légitime vient de Dieu, et celui qui résiste au pouvoir, résiste à l'ordre établi de Dieu; c'est ainsi que l'obéissance acquiert une merveilleuse noblesse, puisqu'elle ne s'incline que devant la plus juste et la plus haute des autorités.


Mais, dès que le droit de commander fait défaut, ou que le commandement est contraire à la raison, à la loi éternelle, à l'autorité de Dieu, alors il est légitime de désobéir, nous voulons dire aux hommes, afin d'obéir à Dieu. Ainsi, les voies à la tyrannie se trouvant fermées, le pouvoir ne rapportera pas tout à soi; ainsi sont sauvegardés les droits de chaque citoyen, ceux de la société domestique, ceux de tous les membres de la nation ; et tous enfin participent à la vraie liberté, celle qui consiste, comme nous l'avons démontré, en ce que chacun puisse vivre selon les lois et selon la droite raison.


Que si, dans les discussions qui ont cours sur la liberté, on entendait cette liberté, légitime et honnête, telle que la raison et Notre parole viennent de la décrire, nul n'oserait plus poursuivre l'Eglise de ce reproche qu'on lui jette avec une souveraine injustice, à savoir qu'elle est l'ennemie de la liberté des individus et de la liberté des Etats. Mais, il en est un grand nombre qui, à l'exemple de Lucifer, de qui est ce mot criminel : Je ne servirai pas, entendent par le nom de liberté ce qui n'est qu'une pure et absurde licence. Tels sont ceux qui appartiennent à cette école si répandue et si puissante et qui, empruntant leur nom au mot de liberté, veulent être appelés Libéraux.


Et, en effet, ce que sont les partisans du Naturalisme et du Rationalisme en philosophie, les fauteurs du Libéralisme le sont dans l'ordre moral et civil, puisqu'ils introduisent dans les moeurs et la pratique de la vie les principes posés par les partisans du Naturalisme. Or, le principe de tout rationalisme, c'est la domination souveraine de la raison humaine, qui , refusant l'obéissance due à la raison divine et éternelle, et prétendant ne relever que d'elle-même, ne se reconnaît qu'elle seule pour principe suprême, source et juge de la vérité. Telle est la prétention des sectateurs du Libéralisme dont Nous avons parlé ; selon eux, il n'y a dans la pratique de la vie aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d'obéir, mais chacun est à soi-même sa propre loi. De là, procède cette morale que l'on appelle indépendante et qui, sous l'apparence de la liberté, détournant la volonté de l'observation des divins préceptes, conduit l'homme à une licence illimitée.


Ce qui en résulte finalement, surtout dans les sociétés humaines, il est facile de le voir. Car, une fois cette conviction fixée dans l'esprit que personne n'a d'autorité sur l'homme, la conséquence est que la cause efficiente de la communauté civile et de la société doit être cherchée, non pas dans un principe extérieur ou supérieur à l'homme, mais dans la libre volonté de chacun, et que la puissance publique émane de la multitude comme de sa source première; en outre, ce que la raison individuelle est pour l'individu, à savoir la seule loi qui règle la vie privée, la raison collective doit l'être pour la collectivité dans l'ordre des affaires publiques : de là, la puissance appartenant au nombre, et les majorités créant seules le droit et le devoir. Mais l'opposition de tout cela avec la raison ressort assez de ce qui a été dit. En effet, vouloir qu'il n'y ait aucun lien entre l'homme ou la société civile et Dieu créateur et, par conséquent, suprême législateur de toutes choses, répugne absolument à la nature, et non seulement à la nature de l'homme, mais à celle de tout être créé ; car tout effet est nécessairement uni par quelque lien à la cause d'où il procède ; et il convient à toute nature, et il appartient à la perfection de chacune, qu'elle reste au lieu et au rang que lui assigne l'ordre naturel, c'est-à-dire que l'être inférieur se soumette et obéisse à celui qui lui est supérieur.


Mais, de plus, une pareille doctrine apporte le plus grand dommage tant à l'individu qu'à la société. Et, en réalité, si l'on fait dépendre du jugement de la seule et unique raison humaine le bien et le mal, on supprime la différence propre entre le bien et le mal ; le honteux et l'honnête ne diffèrent plus en réalité, mais seulement dans l'opinion et le jugement de chacun; ce qui plaît sera permis. Dès que l'on admet une semblable doctrine morale, qui ne suffit pas à réprimer ou apaiser les mouvements désordonnés de l'âme, on ouvre l'accès à toutes les corruptions de la vie. Dans les affaires publiques, le pouvoir de commander se sépare du principe vrai et naturel auquel il emprunte toute sa puissance pour procurer le bien commun; la loi qui détermine ce qu'il faut faire et éviter est abandonnée aux caprices de la multitude plus nombreuse, ce qui est préparer la voie à la domination tyrannique. Dès que l'on répudie le pouvoir de Dieu sur l'homme et sur la société humaine, il est naturel que la société n'ait plus de religion, et tout ce qui touche à la religion devient dès lors l'objet de la plus complète indifférence. Armée pareillement de l'idée de sa souveraineté, la multitude se laissera facilement aller à la sédition et aux troubles, et le frein du devoir et de la conscience n'existant plus, il ne reste plus rien que la force, la force qui est bien faible à elle seule pour contenir les passions populaires. Nous en avons la preuve dans ces luttes presque quotidiennes engagées contre les Socialistes et autres sectes séditieuses qui travaillent depuis si longtemps à bouleverser l'Etat jusque dans ses fondements. Qu'on juge donc et qu'on prononce, pour peu qu'on ait le juste sens des choses, si de telles doctrines profitent à la liberté vraie et digne de l'homme, ou si elles n'en sont pas plutôt le renversement et la destruction complète.


Sans doute, de telles opinions effrayent par leur énormité même, et leur opposition manifeste avec la vérité, comme aussi l'immensité des maux dont Nous avons vu qu'elles sont la cause, empêchent les partisans du libéralisme d'y donner tous leur adhésion. Contraints même par la force de la vérité, nombre d'entre eux n'hésitent pas à reconnaître, ils professent même spontanément, qu'en s'abandonnant à de tels excès, au mépris de la vérité et de la justice, la liberté se vicie et dégénère ouvertement en licence; il faut donc qu'elle soit dirigée, gouvernée par la droite raison, et, ce qui est la conséquence, qu'elle soit soumise au droit naturel et à la loi divine et éternelle.


Mais là, ils croient devoir s'arrêter, et ils n'admettent pas que l'homme libre doive se soumettre aux lois qu'il plairait à Dieu de nous inspirer par une autre voie que la raison naturelle.


Mais en cela, il sont absolument en désaccord avec eux-mêmes. Car s'il faut, comme ils en conviennent eux-mêmes (et qui pourrait raisonnablement n'en pas convenir ?), s'il faut obéir à la volonté de Dieu législateur, puisque l'homme tout entier dépend de Dieu et doit tendre vers Dieu, il en résulte que nul ne peut mettre des bornes ou des conditions à son autorité législative, sans se mettre en opposition avec l'obéissance due à Dieu. Bien plus : si la raison humaine s'arroge assez de prétention pour vouloir déterminer quels sont les droits de Dieu et ses devoirs à elle, le respect des lois divines aura chez elle plus d'apparence que de réalité, et son jugement vaudra plus que l'autorité et la Providence divine.


Il est donc nécessaire que la règle de notre vie soit par nous constamment et religieusement empruntée, non seulement à la loi éternelle, mais à l'ensemble et au détail de toutes les lois que Dieu, dans son infinie sagesse, dans son infinie puissance, et par les moyens qui lui ont plu, a voulu nous transmettre, et que nous pouvons connaître avec assurance, par des marques évidentes et qui ne laissent aucune place au doute. Et cela d'autant mieux que ces sortes de lois, ayant le même principe, le même auteur que la loi éternelle, ne peuvent nécessairement que s'harmoniser avec la raison et perfectionner le droit naturel; d'ailleurs, nous y trouvons renfermé le magistère de Dieu lui-même, qui, pour empêcher notre intelligence et notre volonté de tomber dans l'erreur, les conduit l'une et l'autre et les guide par la plus bienveillante des directions. Laissons donc saintement et inviolablement réuni ce qui ne peut, ne doit être séparé, et qu'en toutes choses, selon que l'ordonne la raison naturelle elle-même, Dieu nous trouve soumis et obéissants à ses lois.


D'autres vont un peu moins loin, mais sans être plus conséquents avec eux-mêmes; selon eux, les lois divines doivent régler la vie et la conduite des particuliers, mais non celle des Etats; il est permis dans les choses publiques de s'écarter des ordres de Dieu et de légiférer sans en tenir aucun compte ; d'où naît cette conséquence pernicieuse de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais l'absurdité de ces opinions se comprend sans peine. Il faut, la nature même le crie, il faut que la société donne aux citoyens les moyens et les facilités de passer leur vie selon l'honnêteté, c'est-à-dire selon les lois de Dieu, puisque Dieu est le principe de toute honnêteté et de toute justice; il répugnerait donc absolument que l'Etat pût se désintéresser de ces mêmes lois ou même aller contre elles en quoi que ce soit.


De plus, ceux qui gouvernent les peuples doivent certainement à la chose publique de lui procurer, par la sagesse de leurs lois, non seulement les avantages et les biens du dehors, mais aussi et surtout les biens de l'âme.


Or, pour accroître ces biens, on ne saurait rien imaginer de plus efficace que ces lois dont Dieu est l'auteur; et c'est pour cela que ceux qui veulent, dans le gouvernement des Etats, ne tenir aucun compte des lois divines, détournent vraiment la puissance politique de son institution et de l'ordre prescrit par la nature. Mais une remarque plus importante et que Nous avons Nous même rappelée plus d'une fois ailleurs, c'est que le pouvoir civil et le pouvoir sacré, bien que n'ayant pas le même but et ne marchant pas par les mêmes chemins, doivent pourtant, dans l'accomplissement de leurs fonctions, se rencontrer quelques fois l'un et l'autre. Tous deux, en effet, exercent plus d'une fois leur autorité sur les mêmes objets, quoique à des points de vue différents. Le conflit, dans cette occurrence, serait absurde et répugnerait ouvertement à l'infinie sagesse des conseils divins: il faut donc nécessairement qu'il y ait un moyen, un procédé pour faire disparaître les causes de contestations et de luttes et établir l'accord dans la pratique. Et cet accord, ce n'est pas sans raison qu'on l'a comparé à l'union qui existe entre l'âme et le corps, et cela au plus grand avantage des deux conjoints, car la séparation est particulièrement funeste au corps, puisqu'elle le prive de la vie.


Mais pour mieux mettre en lumière ces vérités, il est bon que nous considérions séparément les diverses sortes de libertés que l'on donne comme des conquêtes de notre époque. Et d'abord, à propos des individus, examinons cette liberté si contraire à la vertu de religion, la liberté des cultes, comme on l'appelle, liberté qui repose sur ce principe qu'il est loisible à chacun de professer telle religion qu'il lui plaît, ou même de n'en professer aucune. Mais, tout au contraire, c'est bien là sans nul doute, parmi tous les devoirs de l'homme, le plus grand et le plus saint, celui qui ordonne à l'homme de rendre à Dieu un culte de piété et de religion. Et ce devoir n'est qu'une conséquence de ce fait que nous sommes perpétuellement sous la dépendance de Dieu, gouvernés par la volonté et la Providence de Dieu, et que, sortis de lui, nous devons retourner à lui.


Il faut ajouter qu'aucune vertu digne de ce nom ne peut exister sans la religion, car la vertu morale est celle dont les actes ont pour objet tout ce qui nous conduit à Dieu considéré comme notre suprême et souverain bien; et c'est pour cela que la religion, qui "accomplit les actes ayant pour fin directe et immédiate l'honneur divin" (S. Th. II - II, qu. LXXXI, a. 6.), est la reine à la fois et la règle de toutes les vertus. Et si l'on demande, parmi toutes ces religions opposées qui ont cours, laquelle il faut suivre à l'exclusion des autres, la raison et la nature s'unissent pour nous répondre: celle que Dieu a prescrite et qu'il est aisé de distinguer, grâce à certains signes extérieurs par lesquels la divine Providence a voulu la rendre reconnaissable, car, dans une chose de cette importance, l'erreur entraînerait des conséquences trop désastreuses. C'est pourquoi offrir à l'homme la liberté dont Nous parlons, c'est lui donner le pouvoir de dénaturer impunément le plus saint des devoirs, de le déserter, abandonnant le bien immuable pour se tourner vers le mal : ce qui, nous l'avons dit, n'est plus la liberté, mais une dépravation de la liberté et une servitude de l'âme sans l'abjection du péché.


Envisagée au point de vue social, cette même liberté veut que l'Etat ne rende aucun culte à Dieu, ou n'autorise aucun culte public; que nulle religion ne soit préférée à l'autre, que toutes soient considérées comme ayant les mêmes droits, sans même avoir égard au peuple, lors même que ce peuple fait profession de catholicisme. Mais pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que vraiment la communauté civile n'eût aucun devoir envers Dieu, ou qu'en ayant, elle pût impunément s'en affranchir; ce qui est également et manifestement faux. On ne saurait mettre en doute, en effet, que la réunion des hommes en société ne soit l'oeuvre de la volonté de Dieu, et cela qu'on la considère dans ses membres, dans sa forme qui est l'autorité, dans sa cause ou dans le nombre et l'importance des avantages qu'elle procure à l'homme. C'est Dieu qui a fait l'homme pour la société et qui l'a uni à ses semblables, afin que les besoins de sa nature, auxquels ses efforts solitaires ne pourraient donner satisfaction, pussent la trouver dans l'association. C'est pourquoi la société civile, en tant que société, doit nécessairement reconnaître Dieu comme son principe et son auteur et, par conséquent, rendre à sa puissance et à son autorité l'hommage de son culte. Non, de par la justice; non, de par la raison, l'Etat ne peut être athée, ou, ce qui reviendrait à l'athéisme, être animé à l'égard de toutes les religions, comme on dit, des mêmes dispositions, et leur accorder indistinctement les mêmes droits. - Puisqu'il est donc nécessaire de professer une religion dans la société, il faut professer celle qui est la seule vraie et que l'on reconnaît sans peine, au moins dans les pays catholiques, aux signes de vérité dont elle porte en elle l'éclatant caractère. Cette religion, les chefs de l'Etat doivent donc la conserver et la protéger, s'ils veulent, comme ils en ont l'obligation, pourvoir prudemment et utilement aux intérêts de la communauté. Car la puissance publique a été établie pour l'utilité de ceux qui sont gouvernés, et quoiqu'elle n'ait pour fin prochaine que de conduire les citoyens à la prospérité de cette vie terrestre, c'est pourtant un devoir pour elle de ne point diminuer, mais d'accroître, au contraire, pour l'homme, la faculté d'atteindre à ce bien suprême et souverain dans lequel consiste l'éternelle félicité des hommes, ce qui devient impossible sans la religion.


Mais Nous avons dit ailleurs tout cela plus en détail : la seule remarque que Nous voulons faire pour le moment, c'est qu'une liberté de ce genre est ce qui porte le plus de préjudice à la liberté véritable, soit des gouvernants, soit des gouvernés. La religion, au contraire, lui est merveilleusement utile, parce qu'elle fait remonter jusqu'à Dieu même l'origine première du pouvoir; qu'elle impose avec une très grave autorité aux princes l'obligation de ne point oublier leurs devoirs; de ne point commander avec injustice ou dureté, et de conduire les peuples avec bonté et presque avec un amour paternel.


D'autre part, elle recommande aux citoyens, à l'égard de la puissance légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu; elle les unit aux chefs de l'Etat par les liens, non seulement de l'obéissance, mais du respect et de l'amour, leur interdisant la révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l'ordre et la tranquillité de l'Etat, et qui, en résumé, donnent occasion de comprimer, par des restrictions plus fortes, la liberté des citoyens.


Nous ne disons rien des services rendus par la religion aux bonnes moeurs et, par les bonnes moeurs, à la liberté même. Un fait prouvé par la raison et que l'histoire confirme, c'est que la liberté, la prospérité et la puissance d'une nation grandissent en proportion de sa moralité.


Et maintenant, poursuivons ces considérations au sujet de la liberté d'exprimer par la parole ou par la presse tout ce que l'on veut. Assurément, si cette liberté n'est pas justement tempérée, si elle dépasse le terme et la mesure, une telle liberté, il est à peine besoin de le dire, n'est pas un droit, car le droit est une faculté morale, et, comme nous l'avons dit et comme on ne peut trop le redire, il serait absurde de croire qu'elle appartient naturellement, et sans distinction ni discernement, à la vérité et au mensonge, au bien et au mal. Le vrai, le bien, on a le droit de les propager dans l'Etat avec une liberté prudente, afin qu'un plus grand nombre en profite; mais les doctrines mensongères, peste la plus fatale de toutes pour l'esprit ; mais les vices qui corrompent le coeur et les moeurs, il est juste que l'autorité publique emploie à les réprimer avec sollicitude, afin d'empêcher le mal de s'étendre pour la ruine de la société. Les écarts d'un esprit licencieux, qui, pour la multitude ignorante, deviennent facilement une véritable oppression, doivent justement être punis par l'autorité des lois, non moins que les attentats de la violence commis contre les faibles. Et cette répression est d'autant plus nécessaire que contre ces artifices de style et ces subtilités de dialectique, surtout quand tout cela flatte les passions, la partie sans contredit la plus nombreuse de la population ne peut en aucune façon, ou ne peut qu'avec une très grande difficulté se tenir en garde.


Accordez à chacun la liberté illimitée de parler et d'écrire, rien ne demeure sacré et inviolable, rien ne sera épargné, pas même ces vérités premières, ces grands principes naturels que l'on doit considérer comme un noble patrimoine commun à toute l'humanité. Ainsi, la vérité est peu à peu envahie par les ténèbres, et l'on voit, ce qui arrive souvent, s'établir avec facilité la domination des erreurs les plus pernicieuses et les plus diverses. Tout ce que la licence y gagne, la liberté le perd ; car on verra toujours la liberté grandir et se raffermir à mesure que la licence sentira davantage le frein.


Mais s'agit-il de matières libres que Dieu a laissées aux disputes des hommes, à chacun il est permis de se former une opinion et de l'exprimer librement ; la nature n'y met point d'obstacle ; car une telle liberté n'a jamais conduit les hommes à opprimer la vérité, mais elle leur donne souvent une occasion de la rechercher et de la faire connaître.


Quant à ce qu'on appelle liberté d'enseignement, il n'en faut pas juger d'une façon différente. Il n'y a que la vérité, on n'en saurait douter, qui doit entrer dans les âmes, puisque c'est en elle que les natures intelligentes trouvent leur bien, leur fin, leur perfection; c'est pourquoi l'enseignement ne doit avoir pour objet que des choses vraies, et cela qu'il s'adresse aux ignorants ou aux savants, afin qu'il apporte aux uns la connaissance du vrai, que dans les autres, il l'affermisse. C'est pour ce motif que le devoir de quiconque se livre à l'enseignement est, sans contredit, d'extirper l'erreur des esprits et d'exposer des protections sûres à l'envahissement des fausses opinions. Il est donc évident que la liberté dont nous traitons, en s'arrogeant le droit de tout enseigner à sa guise, est en contradiction flagrante avec la raison et qu'elle est née pour produire un renversement complet dans les esprits; le pouvoir public ne peut accorder une pareille licence dans la société qu'au mépris de son devoir. Cela est d'autant plus vrai que l'on sait de quel poids est pour les auditeurs l'autorité du professeur, et combien il est rare qu'un disciple puisse juger par lui-même de la vérité de l'enseignement du maître.


C'est pourquoi cette liberté aussi, pour demeurer honnête, a besoin d'être restreinte dans des limites déterminées; il ne faut pas que l'art de l'enseignement puisse impunément devenir un instrument de corruption. Or, la vérité qui doit être l'unique objet de l'enseignement est de deux sortes: il y a la vérité naturelle et la vérité surnaturelle. Les vérités naturelles, auxquelles appartiennent les principes de la nature et les conclusions prochaines que la raison en déduit, constituent comme le commun patrimoine du genre humain: elles sont comme le solide fondement sur lequel reposent les moeurs, la justice, la religion, l'existence même de la société humaine; et ce serait dès lors la plus grande des impiétés, la plus inhumaine des folies, que de les laisser impunément violer et détruire. Mais il ne faut pas mettre moins de scrupules à conserver le grand et sacré trésor des vérités que Dieu lui-même nous a fait connaître. Par un grand nombre d'arguments lumineux, souvent répétés par les apologistes, certains points principaux de doctrine ont été établis, par exemple: il y a une révélation divine; le Fils unique de Dieu s'est fait chair pour rendre témoignage à la vérité; par lui, une société parfaite a été fondée, à savoir: l'Eglise, dont il est lui-même le Chef et avec laquelle il a promis de demeurer jusqu'à la consommation des siècles.


A cette société, il a voulu confier toutes les vérités qu'il avait enseignées, avec mission de les garder, de les défendre, de les développer avec une autorité légitime; et, en même temps, il a ordonné à toutes les nations d'obéir aux enseignements de son Eglise comme à lui-même, avec menace de la perte éternelle pour ceux qui y contreviendraient. D'où il ressort clairement que le maître le meilleur et le plus sûr à l'homme, c'est Dieu, source et principe de toute vérité; c'est le Fils unique qui est dans le sein du Père, voie, vérité, vie; lumière véritable qui éclaire tout homme, et dont l'enseignement doit avoir tous les hommes pour disciples ; et ils seront tous enseignés de Dieu (Joan., VI, 45).


Mais, pour la foi et la règle des moeurs, Dieu a fait participer l'Eglise à son divin magistère et lui a accordé le divin privilège de ne point connaître l'erreur. C'est pourquoi elle est la grande, la sûre maîtresse des hommes et porte en elle un inviolable droit à la liberté d'enseigner.


Et de fait, l'Eglise, qui, dans ses enseignements reçus du ciel, trouve son propre soutien, n'a eu rien plus à coeur que de remplir religieusement la mission que Dieu lui a confiée, et, sans se laisser intimider par les difficultés qui l'environnent de toutes parts, elle n'a cessé en aucun temps de combattre pour la liberté de son magistère. C'est par ce moyen que le monde entier, délivré de la misère de ses superstitions, a trouvé dans la sagesse chrétienne son renouvellement. Mais s'il est vrai, comme la raison elle-même le dit clairement, qu'entre les vérités divinement révélées et les vérités naturelles, il ne peut y avoir de réelle opposition, de sorte que toute doctrine contredisant celles-là soit nécessairement fausse, il s'ensuit que le divin magistère de l'Eglise, loin de faire obstacle à l'amour du savoir et à l'avancement des sciences, ou de retarder en aucune manière le progrès de la civilisation, est, au contraire, pour ces choses une très grande lumière et une sûre protection. Et, par la même raison, le perfectionnement même de la liberté humaine ne profite pas peu de son influence, selon la maxime qui est du Sauveur Jésus-Christ, que l'homme devient libre par la vérité : Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre (Joan., VIII, 32.).


Il n'y a donc pas de motif pour que la vraie science digne de ce nom s'irrite contre des lois justes et nécessaires qui doivent régler les enseignements humains, ainsi que le réclament ensemble et l'Eglise et la raison.


Il y a plus, et, comme bien des faits l'attestent, l'Eglise, tout en dirigeant principalement et spécialement son activité vers la défense de la foi chrétienne, s'applique aussi à favoriser l'amour et le progrès des sciences humaines. Car c'est quelque chose de bon en soi, de louable, de désirable, que les bonnes études; et de plus, toute science qui est le fruit d'une raison saine et qui répond à la réalité des choses n'est pas d'une médiocre utilité pour éclairer même les vérités révélées. Et, de fait, quels immenses services l'Eglise n'a-t-elle pas rendus par l'admirable soin avec lequel elle a conservé les monuments de la sagesse antique, par les asiles qu'elle a, de toutes parts, ouverts aux sciences, par les encouragements qu'elle a toujours donnés à tous les progrès, favorisant d'une manière particulière les arts même qui font la gloire de la civilisation de notre époque.


Enfin, il ne faut pas oublier qu'un champ immense reste ouvert où l'activité humaine peut se donner carrière et le génie s'exercer librement. Nous voulons parler des matières qui n'ont pas une connexion nécessaire avec la doctrine de la foi et des moeurs chrétiennes, ou sur lesquelles l'Eglise, n'usant pas de son autorité, laisse aux savants toute la liberté de leurs jugements. De ces considérations, il ressort comment les partisans du Libéralisme entendent sur ce point, et représentent cette liberté qu'ils réclament et proclament avec une égale ardeur. D'une part, ils s'arrogent à eux-mêmes, ainsi qu'à l'Etat une licence telle, qu'il n'y a point d'opinion si perverse à laquelle ils n'ouvrent la porte et ne livrent passage ; de l'autre, ils suscitent à l'Eglise obstacles sur obstacles, confinant sa liberté dans les limites les plus étroites qu'ils peuvent, alors cependant que, de cet enseignement de l'Eglise, aucun inconvénient n'est à redouter, et que, au contraire, on en doit attendre les plus grands avantages.


Une autre liberté que l'on proclame aussi bien haut est celle qu'on nomme liberté de conscience. Que si l'on entend par là que chacun peut indifféremment, à Son gré, rendre ou ne pas rendre un culte à Dieu, les arguments qui ont été donnés plus haut suffisent à le réfuter. Mais on peut l'entendre aussi en ce sens que l'homme a dans l'Etat le droit de suivre, d'après la conscience de son devoir, la volonté de Dieu, et d'accomplir ses préceptes sans que rien puisse l'en empêcher. Cette liberté, la vraie liberté, la liberté digne des enfants de Dieu, qui protège si glorieusement la dignité de la personne humaine, est au-dessus de toute violence et de toute oppression, elle a toujours été l'objet des voeux de l'Eglise et de sa particulière affection. C'est cette liberté que les apôtres ont revendiquée avec tant de constance, que les apologistes ont défendue dans leurs écrits, qu'une foule innombrable de martyrs ont consacrée de leur sang. Et ils ont eu raison, car la grande et très juste puissance de Dieu sur les hommes et, d'autre part, le grand et le suprême devoir des hommes envers Dieu trouvent l'un et l'autre dans cette liberté chrétienne un éclatant témoignage.


Elle n'a rien de commun avec des dispositions factieuses et révoltées, et, d'aucune façon, il ne faudrait se la figurer comme réfractaire à l'obéissance due à la puissance publique; car ordonner et exiger l'obéissance aux commandements n'est un droit de la puissance humaine qu'autant qu'elle n'est pas en désaccord avec la puissance divine et qu'elle se renferme dans les limites que Dieu lui a marquées. Or, quand elle donne un ordre qui est ouvertement en désaccord avec la volonté divine, elle s'écarte alors loin de ces limites et se met du même coup en conflit avec l'autorité divine: il est donc juste alors de ne pas obéir.


Mais les partisans du Libéralisme, qui, en même temps qu'ils attribuent à l'Etat un pouvoir despotique et sans limites, proclament qu'il n'y a aucun compte à tenir de Dieu dans la conduite de la vie, ne reconnaissent pas du tout cette liberté dont Nous parlons et qui est unie intimement à l'honnêteté et à la liberté; et ce qu'on fait pour la conserver, ils l'estiment fait à tort et contre l'Etat. S'ils disaient vrai, il n'y aurait pas de domination si tyrannique qu'on ne dût accepter et subir.


Le plus vif désir de l'Eglise serait sans doute de voir pénétrer dans tous les ordres de l'Etat et y recevoir leur application ces principes chrétiens que Nous venons d'exposer sommairement. Car ils possèdent une merveilleuse efficacité pour guérir les maux du temps présent, ces maux dont on ne peut se dissimuler ni le nombre, ni la gravité, et qui sont nés, en grande partie, de ces libertés tant vantées, et où l'on avait cru voir renfermés des germes de salut et de gloire. Cette espérance a été déçue par les faits. Au lieu de fruits doux et salutaires, sont venus des fruits amers et empoisonnés. Si l'on cherche le remède, qu'on le cherche dans le rappel des saines doctrines, desquelles seules on peut attendre avec confiance la conservation de l'ordre et, par là même, la garantie de la vraie liberté.


Néanmoins, dans son appréciation maternelle, l'Eglise tient compte du poids accablant de l'infirmité humaine, et elle n'ignore pas le mouvement qui entraîne à notre époque les esprits et les choses. Pour ces motifs, tout en n'accordant de droits qu'à ce qui est vrai et honnête, elle ne s'oppose pas cependant à la tolérance dont la puissance publique croit pouvoir user à l'égard de certaines choses contraires à la vérité et à la justice, en vue d'un mal plus grand à éviter ou d'un bien plus grand à obtenir ou à conserver.


Dieu lui-même, dans sa providence, quoique infiniment bon et tout-puissant, permet néanmoins l'existence de certains maux dans le monde, tantôt pour ne point empêcher des biens plus grands, tantôt pour empêcher de plus grands maux. Il convient, dans le gouvernement des Etats, d'imiter celui qui gouverne le monde. Bien plus, se trouvant impuissante à empêcher tous les maux particuliers, l'autorité des hommes doit "permettre et laisser impunies bien des choses qu'atteint pourtant et à juste titre la vindicte de la Providence divine" (S. August., De lib. arb., lib. I, cap. 6, nurn. 14.). Néanmoins, dans ces conjectures, si, en vue du bien commun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolérer le mal, jamais pourtant elle ne peut ni ne doit l'approuver, ni le vouloir en lui-même, car, étant de soi la privation du bien, le mal est opposé au bien commun que le législateur doit vouloir et doit défendre du mieux qu'il peut. Et en cela aussi la loi humaine doit se proposer d'imiter Dieu, qui, en laissant le mal exister dans le monde, "ne veut ni que le mal arrive, ni que le mal n'arrive pas, mais veut permettre que le mal arrive. Et cela est bon". Cette sentence du Docteur angélique contient, en une brève formule, toute la doctrine sur la tolérance du mal.


Mais il faut reconnaître, pour que Notre jugement reste dans la vérité, que plus il est nécessaire de tolérer le mal dans un Etat, plus les conditions de cet Etat s'écartent de la perfection ; et, de plus, que la tolérance du mal appartenant aux principes de la prudence politique, doit être rigoureusement circonscrite dans les limites exigées par sa raison d'être, c'est-à-dire par le salut public. C'est pourquoi, si elle est nuisible au salut public, ou qu'elle soit pour l'Etat la cause d'un plus grand mal, la conséquence est qu'il n'est pas permis d'en user, car, dans ces conditions, la raison du bien fait défaut. Mais, si, en vue d'une condition particulière de l'Etat, l'Eglise acquiesce à certaines libertés modernes, non qu'elle les préfère en elles-mêmes, mais parce qu'elle juge expédient de les permettre, et que la situation vienne ensuite à s'améliorer, elle usera évidemment de sa liberté en employant tous les moyens, persuasion, exhortations, prières, pour remplir comme c'est son devoir, la mission qu'elle a reçue de Dieu, à savoir, de procurer aux hommes le salut éternel.


Mais une chose demeure toujours vraie, c'est que cette liberté, accordée indifféremment à tous et pour tous, n'est pas, comme nous l'avons souvent répété, désirable par elle-même, puisqu'il répugne à la raison que le faux et le vrai aient les mêmes droits, et, en ce qui touche la tolérance, il est étrange de voir à quel point s'éloignent de l'équité et de la prudence de l'Eglise ceux qui professent le Libéralisme.


En effet, en accordant aux citoyens sur tous les points dont Nous avons parlé une liberté sans bornes, ils dépassent tout à fait la mesure et en viennent au point de ne pas paraître avoir plus d'égards pour la vertu et la vérité que pour l'erreur et le vice. Et quand l'Eglise, colonne et soutien de la vérité, maîtresse incorruptible des moeurs, croit de son devoir de protester sans relâche contre une tolérance si pleine de désordres et d'excès, et d'en écarter l'usage criminel, ils l'accusent de manquer à la patience et à la douceur ; en agissant ainsi, ils ne soupçonnent même pas qu'ils lui font un crime de ce qui est précisément son mérite. D'ailleurs, il arrive bien souvent à ces grands prôneurs de tolérance d'être, dans la pratique, durs et serrés quand il s'agit du catholicisme : prodigues de libertés pour tous, ils refusent souvent de laisser à l'Eglise sa liberté.


Mais, afin de récapituler brièvement, et pour plus de clarté, tout ce discours, avec ses conséquences, Nous disons en résumé que l'homme doit nécessairement rester tout entier dans une dépendance réelle et incessante à l'égard de Dieu, et que, par conséquent, il est absolument impossible de comprendre la liberté de l'homme sans la soumission à Dieu et l'assujettissement à sa volonté. Nier cette souveraineté de Dieu et refuser de s'y soumettre, ce n'est pas la liberté, c'est abus de la liberté et révolte; et c'est précisément d'une telle disposition d'âme que se constitue et que naît le vice capital du Libéralisme. On peut, du reste, en distinguer plusieurs espèces; car il y a pour la volonté plus d'une forme et plus d'un degré dans le refus de l'obéissance due à Dieu ou à ceux qui participent à son autorité divine.


S'insurger complètement contre l'empire suprême de Dieu et lui refuser absolument toute obéissance, soit dans la vie publique, soit dans la vie privée et domestique, c'est à la fois, sans nul doute, la plus grande dépravation de la liberté et la pire espèce de Libéralisme. C'est sur elle que doivent tomber sans restriction tous les blâmes que nous avons jusqu'ici formulés.


Immédiatement après vient le système de ceux qui, tout en concédant qu'on doit dépendre de Dieu, Auteur et Maître de l'univers puisque toute la nature est régie par sa Providence, osent répudier les règles de foi et de morale qui, dépassant l'ordre de la nature, nous viennent de l'autorité même de Dieu, ou prétendent, du moins, qu'il n'y a pas à en tenir compte, surtout dans les affaires publiques de l'Etat. Quelle est la gravité de leur erreur et combien peu ils sont d'accord avec eux-mêmes, Nous l'avons pareillement vu plus haut. C'est de cette doctrine que découle, comme de sa source et de son principe, cette pernicieuse erreur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, quand, au contraire, il est manifeste que ces deux pouvoirs, quoique différents dans leur mission et leur dignité, doivent néanmoins s'entendre dans la concorde de leur action et l'échange de leurs bons offices.


A cette erreur comme à un genre se rattache une double opinion. Plusieurs, en effet, veulent entre l'Eglise et l'Etat une séparation radicale et totale; ils estiment que, dans tout ce qui concerne le gouvernement de la société humaine, dans les institutions, les moeurs, les lois, les fonctions publiques, l'instruction de la jeunesse, on ne doit pas plus faire attention à l'Eglise que si elle n'existait pas ; tout au plus laissent-ils aux membres individuels de la société la faculté de vaquer en particulier si cela leur plaît aux devoirs de la religion. Contre eux gardent toute leur force les arguments par lesquels Nous avons réfuté l'opinion de la séparation de l'Eglise et de l'Etat; avec cette aggravation qu'il est complètement absurde que l'Eglise soit, en même temps, respectée du citoyen et méprisée par l'Etat.


Les autres ne mettent pas en doute l'existence de l'Eglise, ce qui leur serait d'ailleurs impossible : mais ils lui enlèvent le caractère et les droits propres d'une société parfaite et veulent que son pouvoir, privé de toute autorité législative, judiciaire, coercitive, se borne à diriger par l'exhortation, la persuasion, ceux qui se soumettent à elle de leur plein gré et de leur propre vouloir. C'est ainsi que le caractère de cette divine société est dans cette théorie, complètement dénaturée, que son autorité, son magistère, en un mot, toute son action se trouve diminuée et restreinte, tandis que l'action et l'autorité du pouvoir civil est par eux exagérée jusqu'à vouloir que l'Eglise de Dieu, comme toute autre association libre, soit mise sous la dépendance et la domination de l'Etat. Pour les convaincre d'erreur, les apologistes ont employé de puissants arguments que Nous n'avons pas négligés Nous-mêmes, particulièrement dans notre encyclique Immortale Dei ; et il en ressort que, par la volonté de Dieu, l'Eglise possède toutes les qualités et tous les droits qui caractérisent une société légitime supérieure et de tous points parfaite.


Beaucoup enfin n'approuvent pas cette séparation de l'Eglise et de l'Etat ; mais ils estiment qu'il faut amener l'Eglise à céder aux circonstances, obtenir qu'elle se prête et s'accommode à ce que réclame la prudence du jour dans le gouvernement des sociétés. Opinion honnête, si on l'entend d'une certaine manière équitable d'agir, qui soit conforme à la vérité et à la justice, à savoir: que l'Eglise, en vue d'un grand bien à espérer, se montre indulgente et concède aux circonstances de temps ce qu'elle peut concéder sans violer la sainteté de sa mission. Mais il en va tout autrement des pratiques et des doctrines que l'affaissement des moeurs et les erreurs courantes ont introduites contre le droit. Aucune époque ne peut se passer de religion, de vérité, de justice: grandes et saintes choses que Dieu a mises sous la garde de l'Eglise, à qui il serait dès lors étrange de demander la dissimulation à l'égard de ce qui est faux ou injuste, ou la connivence avec ce qui peut nuire à la religion.


De ces considérations, il résulte donc qu'il n'est aucunement permis de demander, de défendre ou d'accorder sans discernement la liberté de la pensée, de la presse, de l'enseignement, des religions, comme autant de droits que la nature a conférés à l'homme. Si vraiment la nature les avait conférés, on aurait le droit de se soustraire à la souveraineté de Dieu, et nulle loi ne pourrait modérer la liberté humaine. Il suit pareillement que ces diverses sortes de libertés peuvent, pour de justes causes, être tolérées, pourvu qu'un juste tempérament les empêche de dégénérer jusqu'à la licence et au désordre. Là enfin où les usages ont mis ces libertés en vigueur, les citoyens doivent s'en servir pour faire le bien et avoir à leur égard les sentiments qu'en a l'Eglise. Car une liberté ne doit être réputée légitime qu'en tant qu'elle accroît notre faculté pour le bien; hors de là, jamais.


Quand on est sous le coup ou sous la menace d'une domination qui tient la société sous la pression d'une violence injuste, ou prive l'Eglise de sa liberté légitime, il est permis de chercher une autre organisation politique, sous laquelle il soit possible d'agir avec liberté. Alors, en effet, ce que l'on revendique, ce n'est pas cette liberté sans mesure et sans règle, mais c'est un certain allégement en vue du salut de tous; et ce que l'on cherche uniquement, c'est d'arriver à ce que, là où toute licence est donnée au mal, le pouvoir de faire le bien ne soit pas entravé.


En outre, préférer pour l'Etat une constitution tempérée par l'élément démocratique n'est pas en soi contre le devoir, à condition toutefois qu'on respecte la doctrine catholique sur l'origine et l'exercice du pouvoir public.


Des diverses formes du gouvernement, pourvu qu'elles soient en elles-mêmes aptes à procurer le bien des citoyens, l'Eglise n'en rejette aucune; mais elle veut, et la nature s'accorde avec elle pour l'exiger, que leur institution ne viole le droit de personne et respecte particulièrement les droits de l'Eglise.


C'est louable de prendre part à la gestion des affaires publiques, à moins qu'en certains lieux, pour des circonstances particulières de choses et de temps, ne soit imposée une conduite différente. L'Eglise même approuve que tous unissent leurs efforts pour le bien commun, et que chacun, selon son pouvoir, travaille à la défense, à la conservation et à l'accroissement de la chose publique.


L'Eglise ne condamne pas non plus que l'on veuille affranchir son pays ou de l'étranger ou d'un despote, pourvu que cela puisse se faire sans violer la justice. Enfin, elle ne reprend pas davantage ceux qui travaillent à donner aux communes l'avantage de vivre selon leurs propres lois, et aux citoyens toutes les facilités pour l'accroissement de leur bien-être. Pour toutes les libertés civiles exemptes d'excès, l'Eglise eut toujours la coutume d'être une très fidèle protectrice, ce qu'attestent particulièrement les cités italiennes, qui trouvèrent sous le régime municipal la prospérité, la puissance et la gloire, alors que l'influence salutaire de l'Eglise, sans rencontrer aucune opposition, pénétrait toutes les parties du corps social.


Ces enseignements inspirés par la foi et la raison tout ensemble, et que le devoir de Notre charge apostolique Nous a porté, Vénérables Frères, à Vous transmettre, seront, grâce surtout à l'union de Vos efforts avec les Nôtres, utiles à un grand nombre, Nous en avons la confiance. Pour Nous, dans l'humilité de Notre coeur, Nous élevons vers Dieu Nos regards suppliants, et Nous le conjurons instamment de vouloir bien répandre sur les hommes la lumière de sa sagesse et de son conseil, afin que, par la vertu de ces dons, ils puissent, sur des points d'une telle importance, voir la vérité et que, comme il est raisonnable, en toutes conjonctures et avec une inébranlable constance, ils sachent conformer leur vie, soit privée, soit publique, à cette vérité. Comme gage de ces faveurs célestes et en témoignage de Notre bienveillance, Nous Vous accordons, avec une tendre affection, à Vous, Vénérables Frères, ainsi qu'au clergé et au peuple dont chacun de Vous a la direction, la bénédiction apostolique dans le Seigneur.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 20 juin de l'année 1888, de Notre Pontificat la onzième.

LÉON XIII

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# Posté le lundi 18 mai 2009 11:14